CRITIQUE / Dans le silence de mes diplômes, théâtre

Des souffrances mal tues d’une jeune fille diplômée Psychodrame. Monologue feminin. Une voix de femme. Vaste fresque allegorique. Dans le silence de mes diplômes, pièce de théâtre publiée chez Plume Habile, constitue une étape importante dans la vie artistique et professionnelle de Bomou Kadhy , l’une des premières femmes dramaturges ivoiriennes….

Bomou Kadhy enseignante de formation et dramaturge vient de publier une pièce de théâtre intitulée Dans le silence de mes diplômes. Dans cette oeuvre à tonalité dramatique, la dramaturge tente de retracer à travers Fidèle , une jeune femme de 40 ans, les souffrances mal tues, endurées par celle-ci durant son enfance et lors de son parcours universitaire.

Fidèle a réussi sa vie. Une carrière professionnelle exceptionnelle. Toutes les aspirations de son père et celle des jeunes gens et jeunes filles de son époque sont acquises….sauf ses envies. UN DÉCHIREMENT PSYCHIQUE Sous la pression familiale, elle met en veilleuse , mieux elle oublie sa vie de rêve pour satisfaire les désirs d’autrui. En jetant un regard dans le rétroviseur c’est la tristesse, la moquerie, le dégoût.

Au-delà du conflit qui se pose entre ce qu’ elle est ce qu’ elle devrait être, c’est un véritable conflit intérieur. Un psychodrame. Un déchirement psychologique. Cette pièce est une vaste fresque allégorique sur le modèle du symbolisme et de la vérité mystique.

FORTE INTENSITÉ DRAMATIQUE

Le sentiment exacerbé de la valeur des diplômes, la sensation aiguë du temps qui traverse Fidèle, l’attente résignée mais inquiète de la mort ; tous ces thèmes ne cessent de résonner en tout lecteur et spectateur.

Ces moments de forte intensité dramatique et lexicale provoquent chez le lecteur ou le spectateur non seulement l’admiration mais aussi l’émotion. Telle est la souveraineté du verbe qui consume la réalité décrite.

LA VISION TRAGIQUE D’UN MONDE

Ainsi compris, le discours s’offre comme une succession de phrases ascendantes et phrases descendantes du langage. Ces alternances impriment son mouvement à la pièce de théâtre qui sans elles le jeu de Fidèle se déroulerait dans la platitude. La vision tantôt lyrique, tantôt tragique d’un monde, hostile ou fraternel se perpétue ainsi par la magie du verbe.

L’oeuvre de Bomou est baignée de poésie qui se donne comme un long chant profond musicalement rythmé, dédié à la femme et surtout à la liberté. Bomou Kadhy , tel un thérapeute mettant en scène des conflits psychiques et des déchirements intérieurs , cherche son chemin dans le déferlement d’une écriture sans concession.

Auguste Gnalehi